Des lycéens attendent dans un couloir au cours d’une longue journée scolaire

Journées trop longues, bâtiments inadaptés, stress : ce que les lycéens demandent vraiment

Plus de 100 000 contributions ont été déposées lors de la consultation nationale organisée en octobre 2026 auprès des lycéens. Les réponses ne portent pas seulement sur Parcoursup ! Elles décrivent d’abord un quotidien scolaire jugé épuisant : journées de dix heures, emplois du temps discontinus, classes chargées, locaux inconfortables et difficultés psychologiques encore insuffisamment prises en charge.

Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures en réponse à cette consultation. Certaines pourraient modifier concrètement la vie dans les lycées dès 2027. D’autres restent encore à préciser, à financer, ou à traduire concrètement dans les établissements, ce qui ne sera pas simple.

Plus de 100 000 contributions en dix-huit jours

Du 6 au 23 octobre 2026, les lycéens étaient invités à répondre anonymement à deux questions :

  • quelles sont les principales difficultés qu’ils rencontrent au lycée ?
  • que faudrait-il changer pour mieux apprendre et mieux vivre leur scolarité ?

Le ministère annonce plus de 100 000 contributions, provenant de près de 3 000 établissements. Environ 21 % étaient des réponses collectives, élaborées par exemple dans une classe ou lors d’un temps de discussion organisé par le lycée.

Il faut toutefois employer ces chiffres avec prudence. Le ministère parle de contributions, et non de 100 000 élèves différents. La consultation était volontaire et ne constitue pas un sondage construit à partir d’un échantillon représentatif. Elle n’indique donc pas précisément ce que pensent tous les lycéens français. Mais elle met en évidence, par leur fréquence, des difficultés que les élèves jugent suffisamment importantes pour les signaler spontanément.

Première préoccupation : des journées trop longues et mal organisées

Le problème le plus fréquemment cité est celui du temps scolaire. Il apparaît dans 71,4 % des réponses. Les lycéens décrivent des journées pouvant s’étendre de 8 heures à 18 heures, avec des périodes sans cours entre deux enseignements. Ces longues amplitudes ne correspondent pas toujours à dix heures de cours effectifs : elles résultent aussi d’emplois du temps fragmentés, construits en fonction des spécialités, des groupes et de la disponibilité des salles ou des enseignants. Pour les chefs d’établissement, la construction des emplois du temps est un véritable casse-tête chaque année, depuis la réforme Blanquer qui a fait voler en éclats le groupe classe au profit d’une multitude de groupes différents.

À cette présence prolongée dans l’établissement s’ajoutent les devoirs, les révisions, les transports et parfois les activités extrascolaires. Les élèves évoquent également des pauses trop courtes, notamment pour déjeuner : les contraintes sont telles qu’il n’est pas rare que tous les élèves doivent passer au self en même temps, ce qui est matériellement impossible. Après trois quart d’heure de queue, il ne reste souvent que dix minutes pour manger, avant de retourner en cours. Même si les proviseurs font de leur mieux pour limiter la casse, la réalité des locaux (les réfectoires ne sont pas conçus pour accueillir l’ensemble des élèves sur un temps court) crée des difficultés importantes.

Le problème n’est donc pas uniquement le volume des enseignements. Il tient à la manière dont le travail scolaire est réparti sur la journée et sur la semaine.

Le gouvernement promet de garantir une pause méridienne d’au moins une heure à partir de la rentrée 2027. Un groupe de travail doit également examiner l’organisation de certains enseignements et la construction des combinaisons de spécialités. Cette mesure répond à une difficulté réelle, mais elle ne suffira pas nécessairement à réduire l’amplitude des journées. Garantir une heure pour déjeuner peut même allonger le temps passé dans l’établissement si les emplois du temps ne sont pas réorganisés dans leur ensemble.

Des bâtiments trop chauds, trop froids ou dégradés

Les conditions matérielles apparaissent en outre dans 56,3 % des contributions.

Les élèves signalent des salles surchauffées pendant les périodes chaudes, insuffisamment chauffées en hiver, ainsi que des bâtiments vétustes ou mal entretenus. Ils évoquent également le manque d’équipements, l’accessibilité insuffisante de certains locaux et l’état des sanitaires.

Ces difficultés ne relèvent pas toutes directement du ministère de l’Éducation nationale. La construction, l’entretien et l’équipement des lycées sont de la responsabilité des régions, lesquelles ont plus ou moins de moyens selon leur population, et plus ou moins de volonté politique de maintenir des locaux en bon état.

Le gouvernement annonce néanmoins la mobilisation possible de quatre milliards d’euros de prêts à taux préférentiels d’ici 2030 pour soutenir les investissements des collectivités. Cinq cents lycées doivent également être accompagnés afin d’améliorer leur confort thermique avant l’été 2027, notamment grâce à des volets, des brasseurs d’air ou des dispositifs d’ombrage. Des actions spécifiques sur l’état des sanitaires sont par ailleurs annoncées à partir de novembre 2026.

L’efficacité de ces mesures dépendra cependant des établissements retenus, des décisions des régions et de la rapidité réelle des travaux. Un financement proposé sous forme de prêts ne produit pas les mêmes effets qu’une dotation directement versée aux collectivités, puisque les intérêts, même bas, seront à payer. Or plusieurs régions française sont déjà fortement endettées, comme l’Occitanie, la Normandie, la Nouvelle Aquitaine ou la Bourgogne Franche Comté.

Santé mentale et climat scolaire : près d’une contribution sur trois

Les difficultés relatives au climat scolaire et à la santé mentale apparaissent dans 32,8 % des réponses.

Les lycéens évoquent notamment un manque d’écoute, des relations parfois dégradées avec les adultes et une souffrance psychologique insuffisamment prise en charge. Cette inquiétude rejoint les alertes répétées sur le stress scolaire, l’orientation, l’isolement ou les difficultés d’accès aux professionnels de santé. On sait par exemple que 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression, contre 15 % en 2022, selon une étude de Santé publique France parue en juin 2026. La santé mentale a d’ailleurs été déclarée Grande cause nationale en 2025 et 2026. Les filles sont plus touchées que les garçons : on constate une augmentation de 47 % pour les filles de 15 à 19 ans, et de 49 % des 20-24 ans, concernant les prises en charge pour des troubles de santé mentale, et ce en quelques années seulement (2019-2025).

Le gouvernement annonce la création, à la rentrée 2027, de 500 postes supplémentaires répartis entre psychologues de l’Éducation nationale, infirmiers et assistants de service social. Ce total comprend 300 postes déjà prévus et 200 créations ajoutées après la consultation.

Le chiffre peut sembler important, mais il doit être rapporté aux milliers de collèges et de lycées du pays. La répartition entre les trois professions n’est pas encore précisée. On ne sait donc pas combien de psychologues, d’infirmiers ou d’assistants sociaux supplémentaires seront effectivement affectés dans les lycées. Il faut savoir qu’il y a actuellement environ 3300 psychologues (PsyEN) en poste, pour 2,26 millions de lycéens. Environ un millier de postes reste vacant, faute de candidats. Le ratio pour chaque psychologue scolaire est donc de près de 700 élèves, ce qui rend le suivi quasiment impossible, et ce d’autant moins que les psyEN doivent aussi assurer une partie de leurs missions en Centre d’Information et d’Orientation (CIO) et en collège, où ils ont en charge des fonctions liées à l’orientation des élèves.

Dès janvier 2027, un dispositif doit par ailleurs permettre aux établissements d’orienter plus rapidement les élèves en souffrance psychique vers une structure adaptée. Des étudiants en santé interviendront également dans les lycées pour mener des actions de prévention autour du stress et du bien-être.

Ces interventions peuvent être utiles, mais elles ne remplaceront pas une présence régulière de professionnels capables de recevoir les élèves, de suivre les situations et de travailler avec les familles et les équipes éducatives.

Les absences non remplacées restent une difficulté majeure

L’absence de remplacement des professeurs est mentionnée dans 31,1 % des contributions.

Les élèves ne décrivent pas seulement quelques heures de cours perdues. Des absences prolongées peuvent interrompre l’enseignement d’une discipline pendant plusieurs semaines (voire plusieurs mois), fragiliser la préparation au baccalauréat ou accentuer les écarts entre établissements.

Le gouvernement annonce le recrutement de 920 enseignants contractuels supplémentaires ainsi que l’attribution de 18 000 parts supplémentaires du Pacte enseignant, correspondant selon le ministère à environ 90 heures de remplacement par lycée.

Ces deux réponses ne traitent toutefois pas exactement le même problème. Les contractuels peuvent prendre en charge des absences longues lorsqu’ils sont disponibles dans la discipline et le territoire concernés. Les heures du Pacte servent principalement à assurer des remplacements de courte durée par des enseignants déjà présents dans l’établissement. Or tous les enseignants ne souscrivent pas à ces remplacements : la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) note que 27 % des enseignants du second degré se sont engagés dans le Pacte enseignant sur l’année scolaire 2025-2026, soit une légère baisse par rapport à l’année précédente (31 %).

La réussite du plan dépendra donc moins du nombre global annoncé que de la capacité à trouver rapidement un professeur de la bonne discipline dans les académies où les besoins sont les plus importants.

Des classes de seconde limitées à 28 élèves

Les classes trop chargées sont citées dans 24,6 % des contributions. Les élèves estiment que les effectifs élevés réduisent les possibilités d’accompagnement individuel et rendent les conditions d’apprentissage plus difficiles.

À la rentrée 2027, les classes de seconde générale et technologique devraient être plafonnées à 28 élèves dans la moitié des lycées les moins favorisés. La mesure serait étendue aux autres établissements à la rentrée 2028. Le ministère indique qu’une classe compte actuellement en moyenne 30,5 élèves dans la voie générale et technologique, contre moins de 19 dans la voie professionnelle.

Le gouvernement prévoit d’annuler les suppressions de postes initialement envisagées dans le second degré et d’ajouter 500 postes d’enseignants. Reste à savoir comment le plafond de 28 élèves sera appliqué lorsque les locaux ne permettent pas l’ouverture de classes supplémentaires ou lorsque les lycées manquent déjà d’enseignants. Le dispositif devra également être observé au-delà de la seconde. En première et en terminale, l’organisation en spécialités produit des groupes dont les effectifs peuvent être très variables.

Une pression scolaire devenue permanente

L’orientation et Parcoursup sont mentionnés dans 22,3 % des contributions. Mais la pression ressentie par les élèves ne commence pas au moment de formuler leurs vœux.

Les notes obtenues en première et en terminale peuvent avoir un effet sur le baccalauréat et sur l’examen des dossiers dans l’enseignement supérieur. Pour certains élèves, chaque devoir semble ainsi susceptible d’avoir des conséquences sur leur avenir.

Un groupe de travail doit rendre des propositions en janvier 2027 sur le nombre d’évaluations, leur répartition, l’harmonisation des pratiques de notation et la prise en compte des progrès. L’objectif annoncé est de maintenir le contrôle continu sans placer les lycéens dans une situation « d’examen permanent ». Mais aucune modification précise n’est encore arrêtée. À ce stade, il s’agit donc d’un chantier, non d’une nouvelle règle applicable.

Les élèves seront-ils davantage écoutés ?

Enfin, 15,8 % des contributions dénoncent une parole lycéenne insuffisamment prise en compte.

Le gouvernement propose de doubler le nombre de représentants lycéens au Conseil supérieur de l’éducation et de réserver un tiers des sièges des instances académiques et nationales aux élèves de la voie professionnelle. Les travaux des conseils de la vie lycéenne devraient également être présentés dans les conseils d’administration des établissements. Chaque lycée doit recevoir en novembre une synthèse des contributions qui le concernent afin qu’elles soient débattues localement.

Cette dernière mesure pourrait être l’une des plus concrètes, à condition que la discussion ne se limite pas à une présentation formelle. Les élèves devront pouvoir connaître les décisions prises, les demandes refusées et les raisons de ces refus.

Des annonces importantes, mais pas encore toutes acquises

Les réponses gouvernementales n’ont pas toutes le même statut.

La pause déjeuner d’une heure, le plafonnement des secondes à 28 élèves ou la création de postes sont annoncés pour 2027. Leur mise en œuvre dépendra des textes adoptés par le Parlement, du budget voté, des recrutements et des possibilités matérielles des établissements. Sans oublier qu’un prochain gouvernement pourrait tout à fait les annuler.

D’autres mesures ne sont encore que des groupes de travail ou des concertations : évolution du contrôle continu, meilleure organisation des emplois du temps, transformation de la représentation lycéenne.

La consultation a donc permis d’établir un diagnostic assez clair. Les lycéens ne demandent pas seulement une réforme de Parcoursup. Ils parlent d’abord du temps passé au lycée, de leurs conditions de travail, du manque d’adultes disponibles et du sentiment que leur avis compte peu. La prochaine étape ne sera plus de les consulter, mais de vérifier ce qui aura effectivement changé dans leur quotidien à la rentrée 2027.

Source principale : dossier ministériel « Lycéens, étudiants : ce qui change pour vous », publié le 26 octobre 2026. La consultation a recueilli plus de 100 000 contributions, dont 21 % collectives, dans près de 3 000 établissements.

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