Mon ado utilise l’IA pour ses devoirs : faut-il s’en inquiéter ?
À 15 ans, plus d’un élève français sur trois utilise chaque semaine un chatbot d’intelligence artificielle pour l’aider à apprendre. L’interdire totalement paraît désormais peu réaliste. Mais certains usages peuvent réellement soutenir le travail scolaire, tandis que d’autres permettent surtout d’éviter l’effort nécessaire pour apprendre.
Selon les résultats de PISA 2025, 37 % des élèves français de 15 ans utilisent au moins une fois par semaine un chatbot pour les aider à apprendre. Ils sont notamment :
- 29 % à l’utiliser pour effectuer une première recherche ;
- 21 % pour résumer un texte qu’ils devaient lire ;
- 23 % pour rédiger un devoir ou un exercice d’écriture.
Seuls 15 % déclarent ne jamais ou presque jamais recourir à l’IA pour les différentes tâches scolaires étudiées. L’usage est donc déjà largement installé, même si les adolescents français l’utilisent moins que la moyenne des élèves des pays de l’OCDE.
Le vrai problème : que fait encore l’élève lui-même ?
Demander une explication supplémentaire à une IA n’est pas la même chose que lui faire rédiger un devoir entier. L’outil peut être utile lorsqu’il aide l’adolescent à obtenir une définition plus simple, à créer des questions pour réviser, à identifier ce qu’il n’a pas compris, ou encore à s’entraîner sur des exercices supplémentaires.
En revanche, l’apprentissage devient très faible lorsque l’IA lit, résume, raisonne et rédige à sa place. Le devoir peut être terminé plus vite, parfois avec une apparence très correcte, sans que l’élève ait réellement acquis les connaissances ou les méthodes évaluées.
Le risque ne se limite donc pas à la triche. Un adolescent peut utiliser l’IA avec l’autorisation de ses parents et se priver malgré tout, sans en avoir conscience, de l’effort qui permet de mémoriser et de progresser.
Des résultats à interpréter avec prudence
PISA observe que les élèves utilisant l’IA pour certaines tâches précises — résumer un texte, effectuer une recherche ou rédiger — obtiennent en moyenne des résultats inférieurs en sciences à ceux qui ne l’utilisent pas pour ces tâches. L’écart est d’environ vingt points, ce que l’OCDE rapproche d’une année entière de scolarité.
Cela ne prouve pas que l’IA provoque cette baisse. Les élèves en difficulté peuvent aussi recourir davantage aux chatbots parce qu’ils ont besoin d’aide. Les résultats sont légèrement meilleurs lorsque les élèves utilisent régulièrement l’outil tout en apprenant, en classe, à évaluer ses réponses, c’est à dire à faire preuve d’esprit critique et à se fonder sur des connaissance véritablement acquises.
Le problème n’est donc pas seulement la fréquence d’utilisation. Il tient à la finalité de l’usage et à la capacité de l’élève à garder la maîtrise de son travail. Lors des évaluations, il n’y a pas de recours possible aux intelligences artificielles. Tout ce qui n’a pas été fait en amont de l’évaluation devient donc un vrai problème quand il s’agit de se confronter aux compétences attendues en contrôle. Autrement dit, déléguer entièrement le travail personnel à une IA est le plus sûr moyen d’avoir une mauvaise note lors d’un contrôle ! Et les professeurs, qui connaissent le niveau de leurs élèves, ne s’y tromperont pas. Quand il y a un écart important entre le travail fait en classe et celui réalisé à la maison, ils savent que l’élève n’a pas respecté le contrat.
Trois questions plus utiles que « As-tu utilisé ChatGPT ? »
Pour comprendre ce qui s’est réellement passé, un parent peut demander :
- Qu’as-tu fait avant de consulter l’IA ?
- Qu’as-tu modifié ou vérifié dans sa réponse ?
- Serais-tu capable de refaire ce travail sans elle ?
Si l’adolescent ne peut pas expliquer le contenu rendu, l’outil a probablement remplacé son travail. S’il peut montrer son premier essai, relever une erreur de l’IA et justifier la version finale, l’usage a été beaucoup plus actif. Une règle familiale simple peut être posée : chercher d’abord, demander de l’aide ensuite, vérifier toujours.
L’adolescent devrait également signaler l’utilisation de l’IA lorsque l’enseignant le demande et respecter les consignes données pour le devoir. Une réponse générée peut contenir une erreur, une référence inventée ou une interprétation convaincante mais fausse. Les IA ne sont pas du tout infaillibles et ont tendance à « halluciner », c’est à dire à inventer des réponses.
Ne pas transformer le parent en policier numérique
Une surveillance permanente est difficile à tenir, et facile à contourner. Elle risque surtout de déplacer l’usage de l’IA vers des espaces moins visibles. L’enjeu est donc plutôt d’apprendre à l’adolescent à reconnaître la différence entre se faire aider et déléguer son apprentissage. Cette distinction lui servira bien au-delà des devoirs : dans les études supérieures, la vie professionnelle et l’accès à l’information.
L’IA peut faire gagner du temps. Mais lorsqu’elle évite systématiquement à l’élève de lire, de chercher, de se tromper et de reformuler, le temps gagné aujourd’hui risque de devenir une difficulté supplémentaire demain.
Source principale : OCDE — Résultats de PISA 2025 pour la France