Des collégiens consultent leurs téléphones à la sortie de leur établissement

Réseaux sociaux dès l’entrée au collège : quel effet sur les résultats scolaires ?

Créer son premier compte sur un réseau social dès l’entrée au collège n’est peut-être pas sans conséquence sur les apprentissages. Une étude menée auprès de 5 227 élèves italiens associe l’arrivée précoce sur les réseaux à des résultats durablement plus faibles en langue et en mathématiques.

L’étude, publiée en août 2026 dans la revue scientifique Nature Human Behaviour, a été réalisée par des chercheurs des universités de Milan-Bicocca et de Brescia. Son intérêt tient à la durée du suivi. Les chercheurs ne se sont pas contentés de demander aux adolescents combien de temps ils passaient sur les réseaux sociaux et de comparer leurs notes à un instant donné. Ils ont rapproché leurs habitudes numériques avec plusieurs années de résultats obtenus aux évaluations nationales standardisées.

5 227 élèves suivis pendant leur scolarité

L’échantillon rassemble 5 227 élèves scolarisés dans 28 établissements du nord de l’Italie.

Les chercheurs les ont répartis selon l’année durant laquelle ils avaient créé leur premier compte personnel : dès la première année du collège, pendant la deuxième année, pendant la troisième année, ou seulement après le collège.

Les résultats scolaires antérieurs à l’ouverture du compte ont été pris en compte. Les chercheurs ont également cherché à comparer des élèves présentant des caractéristiques proches, notamment sur le plan familial et social. Cette méthode permet de réduire un problème fréquent dans les études sur les écrans : les adolescents qui utilisent précocement les réseaux sociaux peuvent différer des autres avant même leur première inscription.

Des résultats plus faibles en langue et en mathématiques

Les écarts les plus importants concernent les élèves ayant ouvert un compte dès leur première année de collège. Deux ans plus tard, leurs résultats se situent en moyenne :

  • 0,22 écart-type plus bas en italien ;
  • 0,18 écart-type plus bas en mathématiques,

par rapport aux jeunes ayant attendu la fin du collège.

Les différences ne disparaissent pas avec le temps. Deux années plus tard encore, l’écart reste de 0,22 écart-type en italien et atteint 0,27 en mathématiques.

Les chercheurs estiment qu’un écart de 0,20 écart-type correspond approximativement à six mois d’apprentissage scolaire. Il s’agit d’un ordre de grandeur collectif : cela ne signifie évidemment pas que chaque adolescent perd automatiquement six mois de scolarité en créant un compte. Cependant, les élèves inscrits précocement sur les réseaux présentent également une probabilité plus élevée de redoubler, obtiennent moins souvent une mention élevée à la fin du collège et déclarent une confiance scolaire plus faible.

Tous les âges ne produisent pas les mêmes écarts

Les résultats suivent un gradient assez net : plus le premier compte est créé tôt, plus les différences ultérieures sont importantes. Pour les élèves ayant commencé pendant la deuxième année du collège, les écarts sont plus faibles, mais restent visibles. Pour ceux ayant attendu une année supplémentaire, les résultats sont moins systématiques.

L’étude ne conclut donc pas que toute utilisation des réseaux sociaux entraîne nécessairement une baisse des performances. Elle suggère plutôt que le moment de la première inscription compte, particulièrement lorsque celle-ci intervient dès l’entrée dans l’enseignement secondaire. C’est pourquoi les pays qui interdisent l’inscription sur les réseaux sociaux avant 15 ans (fin du collège), comme la France, ont de très bonnes raisons de le faire.

Pourquoi les réseaux pourraient-ils perturber les apprentissages ?

Les chercheurs ont examiné plusieurs mécanismes possibles. Les élèves inscrits le plus tôt déclarent notamment un usage numérique plus envahissant. Celui-ci peut se traduire par des consultations répétées, davantage de distraction et une difficulté à interrompre l’activité.

La multiplication des sollicitations peut fragmenter le temps consacré au travail scolaire. Même lorsqu’un téléphone n’est consulté que quelques secondes, revenir pleinement à une lecture, un exercice ou une mémorisation demande un nouvel effort. De plus, le sommeil, l’attention et le temps consacré aux devoirs peuvent également intervenir. L’étude ne dispose toutefois pas de données longitudinales suffisantes pour déterminer précisément la part jouée par chacun de ces mécanismes.

Elle observe par ailleurs que les élèves soumis à une supervision parentale semblent obtenir de meilleurs résultats. Là encore, il s’agit d’une association : les familles qui encadrent davantage l’accès aux réseaux peuvent aussi différer sur d’autres aspects éducatifs.

Une étude solide, mais pas une expérience contrôlée

Les chercheurs utilisent une méthode dite de « différence de différences ». Ils comparent l’évolution des résultats avant et après l’ouverture d’un compte entre des groupes d’élèves rendus aussi comparables que possible. Ce protocole apporte des arguments plus solides qu’une simple enquête réalisée à un moment donné. Il ne transforme cependant pas l’étude en expérience aléatoire : les chercheurs n’ont évidemment pas décidé quels enfants auraient accès aux réseaux sociaux.

L’âge de la première inscription est également déclaré rétrospectivement par les adolescents, ce qui peut entraîner des erreurs de mémoire. Enfin, l’étude porte sur le nord de l’Italie. Ses résultats ne peuvent pas être automatiquement transposés à tous les élèves français.

Ce que la recherche permet réellement de retenir

L’étude ne démontre pas qu’un réseau social provoque inévitablement l’échec scolaire. Elle ne permet pas davantage de fixer un âge universel à partir duquel tout usage deviendrait sans risque. Elle apporte cependant un résultat important : après prise en compte du niveau scolaire initial et de plusieurs caractéristiques familiales, l’ouverture précoce d’un compte reste associée à une progression moins favorable en langue (y compris maternelle) et en mathématiques.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien de temps les adolescents passent devant un écran : le moment où ils accèdent à des plateformes conçues pour capter régulièrement leur attention pourrait lui aussi jouer un rôle.

Si attendre avant de créer le premier compte n’élimine pas tous les risques numériques, cette étude suggère que retarder l’entrée sur les réseaux peut protéger une période scolaire durant laquelle les élèves doivent précisément gagner en concentration, en autonomie et en méthodes de travail.

Étude source : Marco Gui, Chiara Respi, Giovanni Abbiati et al., Longitudinal effect of early social media use on standardized learning outcomes during school career, Nature Human Behaviour, 2026. Consulter l’étude

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