Un collégien prépare sa recherche de stage avec l’aide de sa mère

Stage de troisième : quand le carnet d’adresses des parents fait la différence

Deux élèves sur trois trouvent leur stage grâce à leur famille ou à leur entourage. Une nouvelle étude de la DEPP montre ainsi que cette première rencontre avec le monde professionnel dépend largement des relations dont dispose chaque famille. Mais elle révèle aussi que les collèges de l’éducation prioritaire parviennent en partie à corriger cette inégalité.

Trouver un stage de troisième ressemble parfois moins à une démarche d’orientation qu’à une enquête familiale. Qui connaît un pharmacien, un avocat, un journaliste, un garagiste ou une personne travaillant dans un secteur susceptible d’accueillir un adolescent pendant quelques jours ?

Une note publiée le 20 octobre 2026 par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance confirme ce que beaucoup de familles et d’enseignants observent depuis longtemps : 66 % des élèves obtiennent leur stage grâce à leur famille ou à leur entourage proche. Dans le détail, 45 % passent par leurs parents, leurs frères ou leurs sœurs, et 21 % par d’autres proches, des voisins ou les parents d’amis.

Le stage est obligatoire pour les élèves de troisième. Depuis juin 2025, une séquence de deux semaines concerne également les élèves de seconde générale et technologique. L’objectif affiché est de découvrir le fonctionnement d’un milieu professionnel, de gagner en autonomie et de commencer à réfléchir à son orientation. Mais tous les élèves ne partent pas avec les mêmes ressources…

Plus la famille est favorisée, plus elle mobilise son réseau

Le résultat le plus frappant est presque paradoxal : 41 % des enfants d’ouvriers trouvent leur stage sans l’aide de leur entourage, contre seulement 24 % des enfants de cadres.

Cela ne signifie pas que les élèves de milieu populaire seraient mieux armés. Au contraire, ils sont plus souvent contraints de chercher seuls, faute de relations directement mobilisables. L’étude montre d’ailleurs que le recours autonome diminue à mesure que les revenus et le niveau de diplôme des parents augmentent.

Parmi les élèves qui trouvent un stage sans l’aide de leurs proches :

  • 28 % se débrouillent seuls, notamment par des démarches directes ou des recherches en ligne ;
  • 4 % sont aidés par leur établissement ;
  • 2 % mobilisent une association ou un club sportif.

Le stage, supposé ouvrir les élèves sur un univers nouveau, risque donc parfois de reproduire celui de leurs parents. L’enfant d’un cadre peut plus facilement accéder à certains environnements professionnels, tandis qu’un élève dépourvu de réseau doit accepter le premier lieu disponible, sans lien véritable avec ses aspirations.

Les établissements de REP compensent une partie des inégalités

L’étude apporte cependant un résultat encourageant. Les collèges de l’éducation prioritaire semblent jouer un rôle compensateur réel.

Dans les établissements REP et REP+, 12 % des élèves déclarent avoir trouvé leur stage grâce à leur collège, contre seulement 3 % dans les autres établissements. À caractéristiques comparables, les collégiens de l’éducation prioritaire ont sept points de chances supplémentaires d’obtenir un stage sans passer par les relations de leurs proches.

Cela ne signifie pas que les inégalités ont disparu. Cela montre plutôt qu’un accompagnement organisé peut produire des effets : constitution d’un réseau d’entreprises partenaires, aide à la rédaction des candidatures, appels effectués avec les élèves, mobilisation des collectivités et préparation aux entretiens. Autrement dit, le manque de réseau familial n’est pas une fatalité si l’établissement devient lui-même un intermédiaire.

Certains élèves accèdent moins souvent au stage

Les inégalités ne sont pas seulement sociales. Parmi les élèves fortement limités dans leurs activités en raison d’un handicap, 81 % déclarent avoir réalisé un stage, contre 91 % parmi ceux qui ne connaissent pas ces limitations.

Le niveau scolaire intervient également : 93 % des élèves appartenant au quart le plus performant effectuent un stage, contre 86 % pour le quart ayant les résultats les plus faibles. Les élèves ayant redoublé sont également moins nombreux à en réaliser un.

Ces écarts sont préoccupants, car les jeunes qui auraient le plus besoin de découvrir concrètement des métiers sont parfois ceux qui rencontrent le plus d’obstacles pour accéder à cette expérience.

Une majorité d’élèves n’y voit pas un véritable outil d’orientation

La question ne se limite pas à trouver une place. Encore faut-il que l’expérience serve réellement à quelque chose. Or 58 % des élèves interrogés estiment que leur stage ne les a pas aidés à clarifier leur projet professionnel. Ceux qui savent déjà quel métier ils envisagent sont plus nombreux à le juger utile : 49 %, contre 33 % parmi les élèves dont le choix reste indécis.

Le stage semble également prendre davantage de sens lorsqu’il est suivi d’une autre expérience professionnelle. Parmi les élèves ayant ensuite effectué un nouveau stage ou une visite d’entreprise, 63 % jugent leur première expérience utile, contre 35 % chez les autres.

Une immersion isolée de quelques jours ne suffit donc pas toujours à construire un projet. Son intérêt dépend de sa préparation, du lieu choisi, des activités confiées et de ce qui est fait en classe après le retour.

Comment rendre le dispositif plus équitable ?

La plateforme publique 1Élève1Stage permet désormais aux élèves de consulter des offres et de candidater avec leur compte ÉduConnect. Elle peut réduire la dépendance aux relations familiales, mais une plateforme ne remplace pas un accompagnement humain.

Plusieurs pistes ressortent des résultats :

  • commencer la recherche plusieurs mois avant le stage ;
  • constituer dans chaque bassin un fichier partagé d’employeurs réellement disponibles ;
  • réserver certaines offres aux élèves ne disposant d’aucun contact ;
  • accompagner les candidatures pendant le temps scolaire ;
  • vérifier l’accessibilité pour les élèves en situation de handicap ;
  • préparer les élèves à observer et questionner les professionnels ;
  • exploiter collectivement l’expérience après le stage.

Le stage peut être une ouverture décisive. Mais tant que son obtention dépendra principalement du carnet d’adresses des parents, il restera aussi un révélateur des inégalités que l’école cherche précisément à réduire.

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